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Cette photo est loin d'être bonne, les progrès n'en seront que plus évidents.
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Techniques de prises de vues en milieux non hostiles …
Certaines de mes photos préférées sont présentées ici, et je vous entends déjà dire …
" Mais comment fait-il pour faire des photos aussi …?!."
Comme vous l’avez vu sur ce blog, mes thèmes de prédilections sont les Cygnes Tuberculés (Cygnus olor) depuis plus de 25 ans, les Oies Bernaches du Canada(Branta bernicia) , les Artistes et Musiciens (Homo Sapiens Musicalensis) les répétitions musicales, sans oublier les Portraits et quelqu'autres sujets. Pour tous ces travaux disparates qui pourraient s'appuyer sur des techniques de prises de vues différentes, il y a quand même certains points communs. Je me propose de vous les détailler dans les lignes suivantes.
Ma règle première est de réaliser des photos non préparées ni posées, des photos où la relation entre le sujet visé et son environnement n'est pas polluée par le photographe et son voyeurisme : arriver sans faire de bruit et fixer sur la pellicule (La carte mémoire électronique et l'ordinateur aujourd'hui, les tirages papier venant seulement ensuite) des instants de vie ou d’émotion, qui sans ce regard extérieur n'auraient pas été mis en relief.
J'ai toujours pensé que le "Baiser" de Doisneau était un instantané. Déception quand j'ai su que ...
Une autre règle de base : mes photos ne sont ni recadrées ni retouchées, modifiées ou magnifiées pour les couleurs. Evidemment ces règles sont parfois mises à mal surtout en ce qui concerne les Portraits, pas toujours bien acceptés selon l’image que les modèles se font d’eux-mêmes.
Mesurant 1,83m, d’un poids d’environ 95 kg et passablement barbu, je passe difficilement inaperçu … en plus avec ma boîte à images !
Pour pouvoir réaliser des clichés au plus près du modèle et pallier à ces menus inconvénients, au fil des années j’ai mis au point et appliqué des recettes permettant de me rendre invisible, pour ne pas interférer sur la dite relation évoquée plus haut.
Les Cygnes Tuberculés et les artistes n'ont à priori que peu ou pas de points communs. Depuis le temps que je les fixe sur la pellicule, j’ai cependant observé qu'ils peuvent mordre, les uns et les autres, et même parfois faire très mal.
Finalement, avec le temps et les essais souvent infructueux, je me suis rendu compte que l'élément essentiel pour commencer à travailler était d’installer la Confiance.
Pour commencer, je vais parler des Cygnes Tuberculés.
Suite à la faiblesse du zoom optique (4x) de mon appareil photo-numérique Canon A640, pour réaliser des clichés intéressants, je dois m'approcher au plus près de l'oiseau, pénétrer dans sa "Sphère d'Intimité", ce qui est synonyme pour lui d’intrusion et provoque généralement une agression défensive.
Pour éviter cette réaction négative, il est essentiel de lui faire passer un message de neutralité, ou mieux, amical : ma posture reste toujours retenue, sans bruit parasite ni chien alentour, et dans ma main, du pain... Un animal qui a faim et veux manger la nourriture proposée n’agresse pas, et comme le cygne a souvent faim, il mange tout simplement le pain que je lui offre. De plus, je ne suis jamais debout face à un cygne, mais accroupi, pour me relever rapidement en cas d’urgence, ou de préférence assis en tailleur, mon numérique dans une main et dans l'autre main, le pain.
Le secret : imiter la « voix » du cygne.
Ces oiseaux sont réputés pour être peu sonores, voire muets. Quand on les fréquente assidûment, il devient vite évident qu’ils ne communiquent pas seulement par des postures mais également par une gamme de sons diversifiés : un "frrrr frrrr" soufflé est souvent signe de calme et d’acceptation dénué d’agressivité, donc je ne me prive pas de ce stratagème et pratique également ce langage.
Une petite anecdote : Il y a déjà bien longtemps ... rendez-vous à l’hôpital intercommunal de Créteil : problème de santé. Un peu en avance je me balade au hasard. Mes pas me portent en bordure d’un petit bras de la Marne. Je m’arrête sur un pont. Plus loin sur l’eau, une bande de Canards Colvert (Anas platyrhynchos) Je les appelle avec mon « coin-coin » habituel (je fais très bien le Canard) et les oiseaux, évidemment, nagent dans ma direction pour voir quel est cet énergumène qui...??
Un gamin de 7/8 ans fait du vélo sur le pont … Témoin de la scène, il me dit: « Vous parlez le Canard ? » Moi: « Non non, je les appelle et ils viennent, c’est tout ! » Et le Gamin : « C’est ça, vous parlez le Canard ! ! »
Bon … rien à ajouter ! …
Pour une première approche, le cygne reste prudent et se contente de manger le pain que je lui lance. S’il s’était montré d’humeur belliqueuse, il m’aurait agressé depuis longtemps. Je répète l'opération plusieurs fois; il nage doucement-timidement en mangeant le pain lancé de plus en plus près de moi . C'est rare si au bout du 3e ou 4e essai, l'oiseau ne vient pas cueillir le morceau qui est entre mes doigts. Tout en faisant ce long travail d’approche d’une main, avec l’appareil photo dans l’autre, j’immortalise la scène.
Surtout ne pas oublier : Comme les poules, les cygnes n’ont pas de dent; sauf une, l’extrémité noire du bec orange qui, même si l’oiseau ne veut pas agresser, peut rendre vos doigts très douloureux après quelques minutes de ce nourrissage … donc, attention !… Et les mâles sont plus voraces que les femelles …!
Le remède à ce menu problème consiste à se dire que la douleur est acceptable, et effectivement, la douleur devient acceptable.
Il y a 25 ans environ, au parc Leblanc, derrière la mairie de Viry-Châtillon, une pièce d’eau, deux cygnes adultes, 3-4 cygnons et mes petits à moi, Samuel et Thomas. J’arrache du gazon pour le leur donner : ils sont également herbivores (les cygnes, pas mes petits), et je vois que la femelle cueille sans toucher le bout de mes doigts l’herbe que je lui tends. Bien sûr, pour faire le finaud devant mes gamins, je mets un peu de cette verdure entre mes lèvres, et tends la tête vers la Maman cygne … qui vient cueillir ces quelques brins sans me toucher, me caressant presque …
Je ne suis pas sûr de pouvoir ou vouloir recommencer cet exploit-connerie aujourd’hui.
L'exercice est bien plus facile à réaliser avec les Oies Bernaches, leur bec étant totalement dépourvu de dents, et elles sont moins gloutonnes, tout en étant aussi voraces.
Un autre avantage du Canon, c'est l'écran de contrôle orientable. Pas besoin de mettre l'appareil à l’œil pour prendre les clichés : Il est aisé de photographier dans toutes les positions. J’ai fait des autoportraits lors d’une intervention à la gorge suite à une opération, bras tendu et appareil dans la main gauche (je suis droitier) pendant que l’infirmière officiait; également des vues d’oisons prises par en dessous, ou la becquée donnée à une Bernache avec l’objectif vers le ciel et l’appareil posé sur les genoux.
Encore un avantage de ce petit joujou, c’est le respect des couleurs. Le N&B m’ennuie. La vie sur une photo passe par la couleur, évidemment quand la balance des blancs est bien réglée.
Voilà une des difficultés de ce type d’appareil photos : la quantité et la maîtrise des réglages à effectuer pour s’adapter aux conditions des prises de vues. Mais au bout de quelques tâtonnements et à force de gâcher de la pellicule, ces difficultés se surmontent, le travail devient plus facile et les résultats sont au rendez-vous. De plus, le contrôle des clichés peut être immédiat, ce qui n’est pas le moindre des avantages surtout quand les conditions de prises de vues sont difficiles : manque de lumière, flous de bougé, rendu des couleurs …
Travaillant depuis peu à Alfortville en bordure de Seine, j'ai fait la connaissance d'un groupe de 17 cygnes tuberculés qui villégiaturent sur le fleuve non loin de là. Je les visite régulièrement. Il fait froid. Les oiseaux commencent à me connaître, à me reconnaître. Ils savent, quand ils me voient, que j'ai du pain pour eux.
Mon but actuel, ma « Photo Ultime » c'est la photo du cygne, le bec grand ouvert, pris en macro (à moins de 5 cm) pendant qu'il gobe le pain. Evidemment ce serait mieux si la photo était nette. Les premiers résultats sont encourageants mais très en dessous de l’idéal recherché. Les réglages demandent à être affinés, la main affermie, et l'hiver est bien là ... Il va couler beaucoup d'eau sous le pont d'Alfortville avant que je réussisse "La Photo", probablement après quelques milliers d’essais infructueux .
Avec le Numérique et ses facilités, pas de problème de coût de revient : 30 minutes avec les cygnes, 250 photos dont une dizaine intéressantes, 50 à la poubelle, le reste médiocre et sans grand intérêt et peut-être, mais pas sûr du tout, une bonne ou possiblement publiable, qui sera la surprise du jour.
Voilà en quelques mots les techniques employées pour approcher et faire des clichés intéressants du cygne.
Pour ce qui est du Musicien, pas besoin de pain pour l’attirer. On sait en général où il se trouve. Celui-ci souhaite même avoir un maximum de gens autour de lui. Le réseau de connaissances est un bon moyen d’approche, mais le travail est long et fastidieux avant qu’un orchestre ne vous laisse évoluer sans gêne ou interférence aucune, ni de sa part ni de la vôtre.
Comme avec les cygnes, je dois m’approcher à proximité immédiate de l’artiste pendant son travail, surtout lors des répétitions. Approche prudente et précautionneuse, souvent accroupi ou assis par terre, tournant autour des chaises et des musiciens, rarement debout, parfois sous un piano : J’ai quelques bonnes photos de chaussures et de mollets féminins (et je ne parle pas des Strings ...) Jamais l'appareil collé à l’œil, mais le plus souvent posé sur un genou ou par terre, après vérification des paramètres et du cadrage sur l'écran de contrôle orientable (voir plus haut).
Evidemment je n’utilise jamais le flash … Quelle que soit la luminosité du lieu de la répétition, pour montrer que le petit-oiseau vient de sortir et déconcentrer l'Artiste il n’y a pas mieux. Alors comment faire dans une église avec un éclairage inexistant, au mieux minimaliste où à 200 ASA avec une ouverture de diaphragme maximum, les vitesses d'obturation sont de 1/4 ou 1/2 voire 1 seconde ?
Plusieurs impératifs : ne pas oublier son trépied et photographier si possible avec le retardateur. Si certains flous de mouvements ne sont pas esthétiques, d’autres au contraire ne nuisent aucunement à la qualité de la photo. Un contrebassiste figé dans son mouvement par un coup de flash au 1/2000 n’a rien de bien passionnant. Alors que si le même musicien danse tout en jouant de et avec son instrument, les flous de son bras et de l'archet font que vous le voyez danser sur la photo.
Quand je suis en position de prise de vue intéressante avec dans l’écran de contrôle un plan ou un artiste qui me semble sympathique, il m'arrive fréquemment de réaliser en quelques secondes une vingtaine de clichés voire plus, qu’évidemment je ne contrôle pas sur l'instant de peur de manquer Le regard, Le mouvement, La mimique qui se déroulent devant moi.
En plus les violonistes sont belles.
Pas uniquement les violonistes d’ailleurs.
La posture, le maintien particulier de chaque instrumentiste, différents selon l’instrument pratiqué sont un des grands plaisirs de l’objectif de mon Canon (cela vaut également pour les chanteurs) conséquence des heures de travail, des partitions répétées rabâchées digérées, de patience et de concentration permanente, d’attention portée au chef et à sa baguette, des moments de détente ou d’abandon lors des trop courtes poses, parfois les bâillements d’ennuis pour le Triangle qui n’a que 10 secondes d’intervention dans cette symphonie de… Heureusement le Triangle a fréquemment d’autres instruments en charge.
L’attention doit toujours rester en éveil, surtout lors des périodes où les musiciens jouent et se concentrent. La fréquence des regards échangés, la rapidité des mots chuchotés, les évènements incongrus se déroulant toujours trop rapidement, font que je suis également toujours le doigt sur le déclencheur.
Une quantité de 400 à 600 photos pour une répétition de 2h00 est fréquente dans de bonnes conditions. Les résultats, bons ou mauvais, sont souvent fonction de la qualité des rapports que j’ai pu tisser avec les artistes. Quant aux bonnes surprises, elles sont rarement là où je les attends.
Lors du choix final, les photos inutilisables sont en définitive rares : environ 20%. Ce qui laisse un panel complet et varié du travail réalisé. C’est d’ailleurs à ce niveau que le bât blesse : la quantité de vues est souvent impressionnante. Après 3 jours de répétitions suivis d’un concert, il n’est pas rare d’avoir 1500 photos à traiter… Le temps passé à trier, classer, parfois recadrer et jeter devient plus long que le reportage en lui-même ; mais le résultat souhaité passe impérativement par ces contraintes qui deviennent secondaires dès l’instant où l’envie de faire le meilleur travail possible est la finalité.
Maintenant vous savez tout ou presque de mes techniques de travail. Pratiquant la photo depuis déjà des années, j’ai appris petit à petit à dialoguer avec les cygnes et autres palmipèdes qui sont toujours actuellement l’objet de mes visites. Chantant au Chœur Régional Vittoria d’Ile de France, chef Michel Piquemal, je fréquentais quelque peu le milieu musical, aussi bien pour le plaisir de l’oreille que pour l’esthétique de l’œil, étroitement mêlés.
J’ai passé des heures et des nuits à trier des montagnes de photos, piqué des colères sur mon ordinateur qui refusait de m’obéir, effacé sans savoir comment et sans sauvegarde préalable une carte-mémoire avec 100 clichés « forcément sublimes ». Deux jeunes encapuchonnés dans un chemin creux qui en voulaient à mon appareil m’ont donné la terreur de ma vie et tout cela pour quelques images de mûriers en fleurs. Je ne vous raconte pas quand mon appareil est tombé dans l’eau pour la photo d’une Bernache, alors que j’avais "oublié" de fixer la dragonne à mon poignet.
Mon oeil s’est aiguisé à la photo sans beaucoup de connaissances théoriques, de même pour le travail de traitement et la gestion des images sur ordinateur. Cela a pris beaucoup d’années avant que je commence à être satisfait de la qualité générale de mon travail, et qui plus est, c’est tout récent..
J’ai dans l'esprit la phrase du Rabin-Philosophe qui résume bien cette histoire :
« Tous les Commencements sont difficiles, mais d'entre tous les Commencements, les plus difficiles sont ceux que l’on fait seul »
Une autre phrase peut-être :
« L’Art est un mensonge qui dit la Vérité »
Est-ce que de mon travail ressort cette Vérité, et surtout de quelle Vérité s’agit-il ?
Aujourd’hui, j'expose mes photos . Toutes ne plaisent pas aux visiteurs ou déplaisent plus que d’autres ; pire : certaines laissent indifférent. Si je les expose, c’est qu’à moi elles me parlent.
Bonnes photos à Tous et Chacune
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Tags associés : Techniques, prises, vues
Vendredi 14 Décembre 2007Poster un commentaire
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