20 Mai 2012, St Bernardin
Bernard JOY
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La musique

des souvenirs

 

 

 

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Mon père était mélomane ; disons qu’il aimait la musique, la « Grande musique »comme il disait.

Pas que la grande musique, d’ailleurs.

C’est chez lui (chez moi) que j’ai appris à aimer les belles voix profondes des chœurs russes, les mélodies slaves qui me mettaient si facilement la larme à l’œil ; c’est également là que j’ai entendu pour la première fois une chanson en javanais, chantée par Louis Massis,  et les Négro-spirituals de Mahalia Jackson, Les Guaranis qui à l’époque faisaient une musique alors inconnue dans nos régions tempérées. J’y ai écouté également le premier disque d’un chanteur inconnu à l’époque, qui se nommait Georges Brassens, avec son fameux Gorille, et d’autres perles du même acabit.

Dans ma maison natale, il y avait un piano droit en mauvais état. Mon père jouait avec deux doigts les airs de jazz écoutés sur son vieux phono, grâce aux vinyles qu’il venait d’acheter. C’est sur ce vieux phono que j’ai écouté mes premiers Beatles, cette « Musique de Sauvage », comme il disait.

C’est peut-être pour toutes ces raisons que la musique a toujours été dans ma tête et mon cœur, même quand je prenais des baffes parce que je n’avais pas fait mes devoirs d’école.

Le temps passe vite.

Vers mes quarante ans, j’ai suivi dans une chorale une femme dont j’étais amoureux … la femme, le chant … tout ce que j’aimais jadis, et que j’aime encore aujourd’hui (Toujours la même musique, plus la même femme).

Petite chorale pas fantastique, mais une bande de copains et une chef de chœur qui faisait bien travailler ses chanteurs ; j’ai poussé ma première note de chant choral avec Mozart et sa messe pour la Vierge Marie (il me semble) ; et j’ai commencé à chanter en concerts, plaisir indescriptible de se produire devant un public attentif et concentré, alors que j’étais à la peine, le nez plongé dans ma partition.

De temps en temps, nous montions sur scène avec d’autres chœurs, quand des œuvres importantes nécessitaient plus d’interprètes.

Au bout de un an ou deux, j’ai quitté ce premier chœur pour filer le parfait amour avec une autre troupe de joyeux croqueurs de notes, plus important et plus coté. En deux-trois ans j’ai appris une vingtaine d’œuvres majeures du chant choral, de Mozart à Brahms et de Fauré à Poulenc ; il faut dire que je me démerdais pas mal.

Quand je dis que j’apprenais, il faut y mettre un petit bémol.

Vers l’âge de dix ans, mes parents m’ont envoyé au conservatoire municipal pour y apprendre le piano, avec frères et sœur. Le solfège a été pour moi rédhibitoire, et j’ai cessé de pousser plus loin cette expérience pianistique.

Alors pour la musique, je n’ai acquis aucune connaissance particulière, pas de solfège, pas de Méthode Rose, surtout pas les gammes ; mais la musique était toujours dans ma tête.

J’avais néanmoins une oreille imbattable et surtout un bon sens du rythme, mais à l’époque je n’en avais pas encore conscience.

Et nous revoilà dans ce second chœur.

Au bout de trois ou quatre ans, j’ai passé une audition et j’ai été intégré dans un chœur de haut niveau, grâce à ma belle voix de baryton-basse, bien timbrée, mais évidemment peu travaillée, car je n’avais pas de professeur de chant à l’époque.

Il y eut alors plus de concerts, des voyages et le plaisir et l’émotion de côtoyer le Beau : deux répétitions par semaine, trois heures de travail par répétition, avec parfois vingt minutes sur une seule mesure, accompagnés de la colère du chef quand les Alti ne lui restituaient pas ce qu’il avait demandé.

Je me souviens d’avoir pleuré en chantant le Lacrimosa du Requiem de Mozart à l’église Saint Eustache à Paris, alors que je n’avais pas fait une seule répétition avec ce nouveau chef qui nous dirigeait.

Un jour, le chef de ce troisième et dernier chœur me dit : la semaine prochaine, on donne le Requiem de Verdi à Lille et tu viens avec nous … moi je lui dis que je n’ai jamais travaillé Verdi et lui de me répondre : tu viens quand-même !

J’ai appris par cœur le Requiem de verdi en deux jours, et concert à Lille dans la foulée ; je ne fus pas l’un des plus mauvais.

Très bon chœur, ce chœur régional, l’un des meilleurs chœurs français amateurs de l’époque, avec comme récompense, une victoire de la musique classique dans les années 90, seule victoire de la musique pour un ensemble composé de chanteurs amateurs.

Encore une anecdote … Un soir, alors que nous devions chanter le Requiem allemand de Brahms dans une cathédrale avec un grand chef d’orchestre, notre chef de chœur nous réunit dix minutes avant de rentrer scène et nous dit : « la manière dont il (le chef d’orchestre) vous fait chanter cette œuvre n’est pas bonne du tout. Au deuxième mouvement, vous partirez sotto voce, comme je vous ai indiqué, et vous irez crescendo, à la manière d’une procession qui vient de très loin, qu’on entend à peine au début, et qui se rapproche tout doucement puis qui finit par prendre de l’ampleur et envahir l’espace.

Nous, interloqués par cette demande inhabituelle, et n’ayant pas pu nous concerter pour en discuter, nous montons sur scène … et commence le concert.

Le premier mouvement se passe bien.

Au début du second mouvement, entrée orchestrale avec mouvement lent et mezzo forte (suivant la paryition )

Le chef, tranquille dans sa continuité, donne le départ au chœur d’un geste ample, pour nous dire : allez-y les enfants, ça roule …

Le chœur, d’un seul homme, commence à chanter sotto voce, dans un murmure chuchoté de recueil et de retenue, comme une procession qui …

Et le chef d’orchestre d’ouvrir de grands yeux pleins d’étonnement ; il se rend compte en une fraction de seconde de ce qu’il se passe. Avec les deux mains, paumes vers le haut, comme voulant nous soulever, il nous fait signe d’augmenter la puissance, pour nous faire arriver au fameux mezzo forte.

Peine perdue, le chœur, toujours dans ses rails, fabrique sa procession qui se trouve encore très loin, et que l’on n’entend que fort peu …

Et lui, le chef, il comprend le message.

Immédiatement, avec ses deux mains, paumes tournées vers le bas, comme voulant l’écraser, il demande à l’orchestre de nous suivre dans ce sotto voce que nous lui avions imposé,nous accompagnantdans cette procession qui se trouvait encore à une bonne distance,  et bien sûr l’orchestre d’obéir !!

Cette action n’a duré que une à deux secondes, peut-être trois. J’aurais bien aimé être une petite souris pour assister à la discussion qui s’est probablement déroulée entre le chef d’orchestre invité et le chef de chœur titulaire.

Il ne nous a pas fait de reproche à la fin du concert. C’est notre chef de chœur qui assistait au concert en tant que spectateur qui a dû se marrer pas mal, suite à ce bon tour que nous lui avons joué.

Habituellement, je donnais à mes parents les dates de mes concerts sur les scènes de Paris ou d’ailleurs ; et mes parents ne venaient toujours pas assister à mes concerts.

Au bout d’un temps certain, je demande à mon père pourquoi il ne vient pas, lui qui aime tant la musique, et il me répond : « toi, tu ne fais pas de la musique, tu chantes ! »

J’ai su plus tard, après sa mort, que mon père avait été choriste à la fin de la dernière guerre chez Rhône-Poulenc, et qu’il y chantait comme Ténor, il avait vingt ans à l’époque, et il ne m’avait jamais parlé de cette expérience de jeunesse.

Tristesse et incompréhension … ??  incommunicabilité  …!!!

 

 

 

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J'kaz !
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Samedi 04 Juin 2011Poster un commentaire
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