20 Mai 2012, St Bernardin
Bernard JOY
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Guillaume de Lorris

 

 

 

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Le Roman de la Rose

 

 

 

 

 

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Cy est le rommant de la rose...

 

 

 

 

 

 

 

01  Cy est le rommant de la rose
ou tout l'art d'amour est enclose
Maintes gens vont disant que songes
Ne sont que fables et mensonges
05  Mais on peult tel songe songer
Qui pourtant n'est pas mensonger
Ains est apres bien apparent
Si en puis trouver pour garant
Macrobe ung aucteur treaffable
10  Qui ne tient pas songes a fable
Aincoys escript la vision
Laquelle advint a Scipion
Quiconques cuyde ne qui die
Que ce soit une musardie
15  De croire qu'aucun songe advienne
Qui vouldra pour fol si m'en tienne
Car quant a moy j'ay confiance
Que songe soit signifiance
Des biens aux gens et des ennuytz
20  La raison, on songe par nuytz
Moult de choses couvertement
Qu'on voit apres appertement.
Sur le vingtiesme an de mon eage
Au point qu'amours prent le peage
25  Des jeunes gens, coucher m'alloye
Une nuyt comme je souloye
Et de fait dormir me convint
En dormant ung songe m'advint
Qui fort beau fut a adviser
30  Comme vous orrez deviser
Car en advisant moult me pleut
Et oncques riens au songe n'eut
Qui du tout advenu ne soit
Comme le songe recensoit.
35  Lequel vueil en rime déduire
Pour plus a plaisir vous induire
Amour m'en prie et le commande
Et si d'adventure on demande
Comment je vueil que ce rommant
40  Soit appellé, sache l'amant
Que c'est le Rommant de la rose
Ou l'art d'amour est toute enclose
La matiere est belle et louable
Dieu doint qu'elle soit aggréable
45  A celle pour qui j'ay empris
C'est une dame de hault pris
Qui tant est digne d'estre aymée
Qu'elle doit rose estre clamée.
Advis m'estoit a celle foys
50  Bien y a cinq ans et six moys
Que je songeoye au moys de may
Au temps amoureux sans esmoy
Au temps que tout rit et s'esgaye
Qu'on ne voit ny buysson ne haye
55  Qui en may parer ne se vueille
Et couvrir de nouvelle fueille
Les boys recouvrent leur verdure
Qui sont secz tant que l'yver dure
Terre mesme fiere se sent
60  Pour la rosée qui descend
Et oublie la povreté
Ou elle a tout l'yver esté.
En effect si gaye se treuve
Qu'elle veult avoir robe neufve
65  Et scait si coincte robe faire
Que de couleurs a mainte paire
D'herbes et fleurs rouges et perses
Et de maintes couleurs diverses
Est la robe que je devise
70  Parquoy la terre mieulx se prise.
Les oyseletz qui se sont teuz
Durant que les grans froitz ont euz
Pour le fort temps d'ivers nuysible
Sont si aysés au temps paisible
75  De may qu'ilz monstrent en chantant
Qu'en leurs cueurs a de joye tant
Qu'il leur convient chanter par force.
Le rossignol adonc s'efforce
De chanter menant doulce ncyse
80  Lors s'esvertue et se degoyse
Le papegault et la calendre
Si convient jeunes gens entendre
A estre gays et amoureux
Pour le beau printemps vigoureux.
85  Dur est qui n'ayme d'amour franche
Quant il oyt chanter sur la branche
Aux oyseaux les chans gracieulx
En celluy temps délicieux
Ou toute rien d'aymer s'esjoye.
90  Par une nuyt que je songeoye
Me sembla dormant fermement
Qu'il estoit matin proprement
De mon lict tantost me levay
Me vesty et mes mains lavay
95  Tiray une esguille d'argent
D'ung aiguiller mignon et gent
Et voullant l'esguille enfiller
Hors de ville euz désir d'aller
Pour ouyr des oyseaulx les sons
100  Qui or chantoyent par les buyssons.
En ycelle saison nouvelle
Cousant mes manches a videlle
M'en allay tout seul esbatant
Et les oysillons escoutant
105  Qui de bien chanter s'efforcoient
Par les jardins qui fleurissoient
Joly et gay plain de lyesse.
Vers une riviere m'adresse
Que j'ouy pres d'illecques bruyre
110  Car plus beau lieu pour me déduyre
Ne vy que sur ceste riviere.
D'ung petit mont d'illec derriere
Descendoit l'eau courant et royde
Fresche bruyant et aussi froide
115  Comme puys ou comme fontaine
Si creuse n'estoit pas que Seine
Mais elle estoit plus espandue
Jamais veue ny entendue
Je n'avoye ceste eau qui couloit
120  Parquoy mon oeil ne se sauloit
De regarder le lieu plaisant
De ceste eau claire et reluysant.
J'eu lors mon visaige lavé
Si vy bien couvert et pavé
125  Tout le fons de l'eau de gravelle
Et la prairie grande et belle
Au pied de cestuy mont batoit
Claire, serie et belle estoit
La matinée, et tempérée
130  Lors m'en allay parmi la prée
Tout contre val esbanoyant
Ce beau rivaige costoyant
Quant fuz ung peu avant allé
Je vy ung verger long et lé
135  Enclos d'ung hault mur richement
Dehors entaillé vivement
A maintes riches empoinctures
Les ymaiges et les painctures
Du mur partout je remiray
140  Parquoy voulentiers vous diray
D'icelle la forme et semblance
142  Ainsi que j'en ay remembrance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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